La fabrication du savon de Marseille
La formule chimique qui lui donnera naissance est la saponification, universellement commune à toutes les bases de savons :
corps gras + soude = savon + glycérine.
La particularité du savon de Marseile réside dans son procédé de fabrication qui implique une cuisson en chaudron à 100 ou 110 degrés et plusieurs lavages de la pâte à l'eau salé. C'est une ancienne méthode de saponification, longue et délicate, mais qui garantie un produit final de la plus haute qualité.
Il faut au minimum 20 jours de travail pour faire un cube de savon de Marseille extra pur.
L'empatâge ou saponification
C'est une réaction chimique lente à amorcer. Dans un grand chaudron, la soude et les corps gras sont mélangés et chauffés. Les corps gras sont de l'huile d'olive, de palme et/ou de coco. On ajoute également de la pâte à savon provenant d'une cuisson précédente, ainsi que du sel de mer.
Le relargage
Cette opération est réalisée dans le même chaudron. Une lessive salée enlève les restes de soude. En arrêtant l'ébullition, la lessive de soude descend et le savon monte en surface. C'est l'épinage.
La cuite
On cuit le savon lentement pendant environ dix jours, ce qui fait qu'un savon de Marseille est parfaitement utilisable plusieurs décennies après sa fabrication. Les techniques modernes peuvent rendrent cette étape beaucoup plus rapide mais le respect du procédé marseillais commande une telle rigueur car en quelques heures seulement, le savon n'aurait pas le temps de se former parfaitement et on obtiendrait un produit ranci et difficile à conserver. Pendant cette étape, on procède encore plusieurs fois à l'épinage.
La cuisson est terminée quand la lessive de soude ne s'altère plus. Le maître savonnier goûte alors le savon (il le goûte vraiment), vérifie l'aspect de la pâte et son élasticité. Un art et un savoir faire qui ne s'apprend pas dans les livres…
La liquidation
Une dernière fois, on introduit de la lessive de soude et on fait bouillir le mélange. Un ultime épinage et on arrose le chaudron à l'eau claire, ce qui entraîne les impuretés vers le fond. Le savon propre et pur nage alors en surface et on laisse encore décanter pendant 2 jours. Le savonnier procède finalement à une dernière vérification de la viscosité.
Le coulage dans les mises
Les mises sont des bassins d'une profondeur de 40 centimètres et capables de recevoir le savon depuis les chaudrons. Les mises sont remplies rapidement afin d'empêcher les canalisations de se boucher. On étale le savon à l'aide d'une longue spatule et on lisse la surface. Le savon, alors à 110 degrés, doit refroidir pendant 2 jours. Lorsque le savon est dur, on trace des lignes et on le découpe en pains d'environs 35 kg. Ces pains prendront la direction de la machine à découper. Le cube de Marseille est né !
Le séchage et le marquage
Né mais loin de pouvoir marcher. Il faut le laisser secher environ 10 jours à l'air libre ou dans des locaux aérés. De temps à autre il faudra le retourner afin de s'assurer que les six cotés sèchent bien.
Finalement, le cube est positionné dans la tulipe. Un moule manipulé manuellement et qui, l'un après l'autre, grave sur les cubes les inscriptions si caractéristiques des savons véritablement faits selon le procédé Marseillais.
La savonnette parfumée
Le savon de Marseille étant un savon cuit, il est difficile de le parfumer. L'astuce consiste à utiliser du savon de Marseille extra pur à 72% -vert ou blanc- et de le broyer. On obtient donc des copeaux de savon. On le passe ensuite dans un mélangeur afin d'y intégrer les parfums. Une presse rendra le mélange homogène et la boudineuse formera les bâtons de savons. Par la découpe et le moulage, le savon ainsi formé pourra prendre toutes les formes voulues. Il est à noter que les savons parfumés sont bien entendu glycérinés.